Méditation et neurosciences

Posted by on octobre 7, 2015 in Neurosciences, Science | 0 comments

Méditation et neurosciences : un nouveau champ de recherche ?

Si la première étude sur le sujet date de 1960, cela ne fait vraiment que depuis une quinzaine d’années que les neurosciences s’intéressent à la méditation. Cet engouement semble porté, d’une part, par un effet de mode en occident des pratiques de méditation, et d’autre part, par un besoin d’en connaître plus scientifiquement, surtout depuis que ces dernières sont devenues un outil thérapeutique. Effectivement, nous observons que de plus en plus d’hôpitaux universitaires et de centres médicaux dans le monde proposent de la méditation dans le cadre de traitements pour certaines pathologies, en particulier la dépression, les troubles anxieux et les dépendances.

Que se passe-t-il exactement dans notre cerveau lorsque nous méditons ?

Lorsqu’une personne est en pleine méditation, le fonctionnement de son cerveau est modifié par rapport à une activité non spécifique de repos. Les fréquences des activités neuronales alpha et théta, telles que mesurées par un éléctroencéphalogramme, sont augmentées. Celles-ci sont, parmi d’autres fonctions importantes, respectivement associées à la relaxation et à la mémorisation. Durant la méditation, certaines zones du cerveau en lien avec nos capacités attentionnelles sont plus activées (e.g., Baron Short et al., 2010), alors que d’autres en lien avec notre sentiment d’individuation sont moins activées (Ives-Deliperi, Solms, Meintjes, 2011) en comparaison avec une condition de simple repos. Par ailleurs, la connectivité cérébrale est profondément augmentée lors de la méditation (Jao et al., 2015). Il apparaît aussi que le type de méditation (bouddhiste, taoïste, plein conscience, etc.) ait une influence non négligeable sur les effets neurophysiologiques.

Est-ce que la méditation change mon cerveau de manière durable ?

Méditer induit de la neuroplasticité, c’est-à-dire que cette activité peut transformer le cerveau de manière persistante. Fox et collaborateurs (2014) ont analysé la morphologie cérébrale de 300 praticiens réguliers de méditation. Par comparaison avec des personnes ne pratiquant pas la méditation, les auteurs ont trouvé des différences significatives dans 8 régions incluant une structure clé dans la méta-conscience (capacité de prendre conscience et d’anaylser sa conscience ; cortex frontopolaire), dans la conscience de son corps physique (insula), dans la mémoire (hippocampe), dans la régulation émotionnelle (cortex cingulaire antérieur, cortex orbitofrontal) et dans la communication entre nos deux hémisphère gauche et droit (corps calleux). De plus, la connectivité cérébrale fonctionnelle, c’est-à-dire la communication entre les aires cérébrales, mesurée au repos (sans méditation) est augmentée chez les pratiquants (Jang et al., 2011). Plus les personnes ont d’expérience de la méditation est plus les changements cérébraux sont importants.

Une autre preuve de la neuroplasticité induite par la méditation est que lorsqu’un pratiquant régulier effectue un exercice visuel ou auditif qui mobilise ses capacités attentionnelles, la réponse de son cerveau est différente que celle d’un non pratiquant (Hawkes, Manselle et Woollacott, 2014 ; Singh et Tells, 2015). C’est le cas également lorsqu’il regarde des images émotionnelles (Reva et al., 2014).

Comment la méditation réduit-elle la douleur ?

Une étude (Zeidan et al., 2011) utilisant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) fonctionnelle (mesure l’apport en oxygène dans les tissus cérébraux) a montré que lors de l’expérience de la douleur (induite thermiquement), plusieurs régions cérébrales d’un groupe de personnes pratiquant régulièrement de la méditation transcendantale étaient moins actives, et cela jusqu’à 40 à 50%, comparativement à l’activité cérébrale d’un groupe de personnes non pratiquantes. Ces personnes non initiées à la méditation ont ensuite été soumises à un entraînement de 5 mois à cette forme de méditation, avant que leur réponse cérébrale à la douleur soit à nouveau enregistrée dans un appareil d’IRM. Les résultats indiquent alors que leur réponse à la douleur diminue de 40-50 % dans l’ensemble du cerveau en particulier dans le thalamus (noyau profond du cerveau jouant le rôle de relais de toutes informations sensorielles), le cortex préfrontal et le cortex cingulaire antérieur. Cette recherche suggère donc que la méditation réduit la réponse affective à la douleur. Les mécanismes spécifiques de ces effets ne sont pas connus. Il semblerait que la méditation induit des changements dans la transmission de certaines molécules du cerveau (neurotransmetteurs).

Qu’est-ce que ces études apportent aux pratiquants ?

La méditation n’est bien sûr pas la seule activité qui produit de la neuroplasticité. Néanmoins, l’étendue des effets de cette pratique sur le cerveau est peu commune. Le fait que le substrat biologique soit modifié de manière fondamental et durable est une preuve du pouvoir de la méditation sur le corps. Tout simplement, ces études encouragent les praticiens à continuer à méditer et permet aux personnes de pouvoir expliquer de manière physiologique les effets de la méditation. En effet, certaines personnes peuvent se sentir effrayées ou juste surprises par les états dans lesquels la méditation les amène. Savoir que ces états se rapportent à des modifications de l’activité neuronale permet de rassurer certaines personnes, et de manière générale, de ne pas perdre la tête dans les nuages …

 

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